samedi 20 février 2021

Discours de clôture de la manif du 20 février 2021

A la une Circulation interfiles

La circulation interfiles : pour qui, pourquoi ?

Depuis aussi longtemps qu’il y a des embouteillages, les motos et les scooters circulent entre les files ralenties ou arrêtées. Cela représente plusieurs avantages : un énorme gain de temps évidemment mais aussi, et surtout, un atout en termes de sécurité. En effet, rouler décalé par rapport aux voitures et aux camions permet aux deux-roues de retrouver une visibilité et une distance de sécurité impossible à maintenir autrement dans les bouchons, particulièrement pour les usagers vulnérables que nous sommes. Ce gain de fluidité se ressent aussi sur l’environnement : moins de bouchons, moins de moteurs tournant au ralenti, ce sont moins de consommation d’énergie et moins de pollution.

C’est une pratique généralisée, essentiellement dans les grandes villes (avec l’emblématique périphérique parisien, la voie la plus fréquentée d’Europe et, proportionnellement, l’une des plus sûre) mais qui se fait partout dès que la circulation devient dense, y compris sur la rocade d’Avignon et les voies rapides des alentours... quand elles ne sont plus aussi rapides. C’est une telle évidence que dans la plupart des pays, la pratique est légale, voire même encouragée. Par exemple en Belgique, les chercheurs de l’université de Louvain ont déterminé que si seulement 10% des automobilistes passaient à la moto ou au scooter, cela diminuerait de 40% les bouchons. Tout le monde gagne donc à voir la pratique du deux-roues facilitée, même les automobilistes.

Et pourtant... la circulation interfiles n’a jamais été intégrée au code de la route en France. Cela fait pourtant plusieurs décennies que la Fédération Française des Motards en Colère le réclame, et ce pour plusieurs raisons :
- Pouvoir l’enseigner officiellement dans les écoles de conduite. Si la pratique est intégrée au code, on peut l’apprendre et s’entraîner à le faire dès le permis dans les meilleures conditions de sécurité et cela concerne aussi bien les futurs motards que les automobilistes, pas toujours assez sensibilisés.
-  Pouvoir protéger juridiquement les usagers en cas de problème. Actuellement, si un accident survient, il est très difficile au motard ou au scootériste de faire valoir ses droits et d’avoir une prise en compte équitable des responsabilités car la situation n’est pas claire.
- Éviter les verbalisations abusives. Si généralement la pratique est tolérée, il arrive que les forces de l’ordre fassent du zèle. Légalement l’interfiles n’existe pas donc il n’y a pas d’infraction spécifique. Il arrive de recevoir à la place trois PV pour des motifs secondaires comme "dépassement par la droite", "non respect des distances de sécurité" et "changement de file non justifié par un changement de direction", ce qui est non seulement injuste mais aussi illégal, comme les avocats de la Fédération l’ont démontré.

Bien entendu, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi ! Comme en tout, la FFMC propose une approche raisonnable et citoyenne : l’interfiles ne se pratique que dans une circulation ralentie ou arrêtée, entre les files les plus à gauche, avec un différentiel de vitesse adapté, en gardant une distance de sécurité entre deux-roues, etc. Mais c’est déjà comme ça que les usagers responsables font ! Ils ne sont toutefois pas suffisamment protégés en cas de pépin et restent soumis à l’arbitraire policier. La FFMC manifeste donc une fois encore pour demander la légalisation de la circulation des deux-roues entre les files lorsque les conditions de sécurité sont réunies.

Certains peuvent se demander pourquoi manifester en province pour un sujet essentiellement urbain ? Plusieurs raisons à cela, la première étant la solidarité motarde : si les copains ont un problème, on s’en occupe, tout comme on apprécie qu’ils se mobilisent pour nous, le cas échéant. D’autre part, nous pouvons être amenés à circuler dans les grandes villes et confrontés à des conditions de circulation difficiles. Et donc devoir pratiquer l’interfiles. Enfin, rappelons que Paris est souvent le laboratoire des mauvaises idées. Ce que l’Etat et les élus locaux arrivent à y faire accepter socialement est ensuite exporté ailleurs, on l’a vu sur de nombreux sujets, le plus brûlant (et dont on reparlera très prochainement) étant les Zones à Faibles Émissions qui menacent d’ici peu d’interdire la circulation de millions de voitures et de motos en parfait état de marche, y compris ici-même, dans le Vaucluse. Si l’interfiles est bannie et verbalisée en région parisienne, n’ayez pas de doute, ça arrivera ici tôt ou tard.

Nous ne cesserons jamais de le répéter : la sécurité routière doit se faire AVEC les usagers et pas contre eux. Les experts de la moto, c’est NOUS, le récent rapport complètement bidon du CNSR l’a encore prouvé. Rappelons aussi que contrairement aux idées reçues, proportionnellement à l’évolution du parc, les deux-roues motorisés sont la catégorie qui a réalisé le plus de progrès en sécurité routière depuis 30 ans. L’interfiles pratiquée raisonnablement est efficace et sûre, elle doit être légale, de Paris à Avignon, c’est aussi simple que ça.

Avec des arguments aussi solides, la FFMC commence à faire bouger les lignes mais tout prend du temps ; pour commencer, elle a obtenu une "expérimentation" officielle sur plusieurs zones (certes, la pratique réelle est en cours depuis un demi siècle par des millions de deux-roues, mais vous connaissez l’administration française...). Cette première phase s’est terminée le 31 janvier dernier sur des résultats jugés non concluants par la direction de la sécurité et de la circulation routières (DSCR). La raison ? Trop peu d’accidents pour juger ! Elle sera donc prolongée sous peu mais pour nous, en soi, c’est déjà une validation. Nous réclamons donc que le bon sens l’emporte et que l’interfiles soit enfin officiellement légale. Qu’on puisse l’enseigner, qu’on puisse être protégés, et qu’on ne soit plus verbalisés pour faire un choix de conduite à la fois plus efficace, plus écolo et plus sûr !

Crise sanitaire ou pas, ce ne sont pas les sujets de contestation qui manquent pour défendre nos libertés et nos droits. Restez à l’affût des infos sur motomag.com et sur notre site 84.ffmc.fr car d’autres actions sont prévues prochainement.

Et rappelez-vous que la FFMC vous défend depuis 40 ans, mais ne vit que par ses adhérents. Si vous voulez qu’elle puisse continuer, rejoignez-nous !